Quand les nouvelles autoroutes engraissent le privé
Un projet de l'Etat qui va bénéficier à des sociétés privées ? C'est l'énorme lièvre qu'a levé le 24 juillet dernier le magazine en ligne Rue 89, dans un article intitulé A qui profite la construction de nouvelles autoroutes ? Pour comprendre comment on a pu en arriver là, il faut revenir en arrière.
La fin supposée du "tout-routier"
En octobre 2007, à l'occasion du Grenelle de l'environnement, la promesse de Nicolas Sarkozy de ne plus donner la priorité au "tout-routier" enchantait les associations écologistes. Trois ans plus tard, le ministère de l'Ecologie publie son Schéma national des infrastructures de transport (SNIT), avec pour objectif la construction de 879 kilomètres d'autoroutes supplémentaires. L'heure est à l'incompréhension. Ces dix-neuf projets prévus au SNIT pour les vingt ans à venir constituent-ils un revirement ?
Un frein au développement
Pour Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, "il s'agit essentiellement d'effectuer des travaux sur certaines routes dangereuses où l'on constatait régulièrement des problèmes de sécurité, d'améliorer la desserte de villes ou de régions qui étaient enclavées et de décongestionner certains tronçons très fréquentés par les automobilistes". Pour les défenseurs de l'environnement, cette relance des projets routiers risque au contraire d'inciter les automobilistes à conserver leurs habitudes. Cela devrait aussi, paradoxalement, représenter un frein au développement des transports alternatifs.
Selon Rue 89, en 2008, sur 15,7 milliards d'euros ont été investis dans les infrastructures de transports :
* 10,7 milliards d'euros sont allés au réseau routier,
* 2,6 milliards au réseau ferroviaire,
* 2,4 milliards aux transports en commun urbains.
Pas de revenus
L'objectif du SNIT est de limiter à 4,5% la part du routier sur le total des investissements prévus, soit 170 milliards d'euros d'ici à 2032. Le chiffrage des dix-neuf projets autoroutiers s'établit tout de même à 7,4 milliards d'euros. Plutôt 11 ou 12 milliards, corrigent les écologistes. Une charge supportée par les collectivités locales, mais surtout par l'Etat. Or, ce dernier ne tire plus de revenus du réseau autoroutier, depuis que le gouvernement Villepin a mené en 2005 la dernière grande opération de privatisation du patrimoine public.
Manque à gagner de 10 milliards
Pour mémoire, la privatisation de trois sociétés (ASF, APRR et Sanef) a rapporté un peu plus de 14 milliards d'euros à l'Etat. Avec un manque à gagner estimé à 10 milliards d'euros par la Cour des comptes, les trois entreprises ayant été cédées avec une grosse décote. A l'époque, Dominique de Villepin, Premier ministre, avait pris l'engagement suivant : "La cession servira à financer le reste du réseau routier et sa modernisation".
Une marge qui monte en flèche
Quand les sociétés d'autoroutes sont cédées à Eiffage, Vinci, au groupe espagnol Abertis et à la banque australienne Macquarie, les conditions imposées pour l'exploitation du réseau sont quasi inexistantes. Ces entreprises privées ont les mains libres pour fixer les prix des péages et transformer les exploitants en machine à cash. Dès 2006, leur marge nette monte en flèche, et même en 2009, année noire pour l'économie, leurs bénéfices pleuvent. Or, ces exploitants n'investissent quasiment pas dans le réseau, sauf pour entretenir les infrastructures existantes. Au contraire, les bénéfices sont réinvestis dans de coûteuses acquisitions à l'étranger. Ainsi, l'Etat va maintenant payer l'agrandissement d'un réseau dont l'ensemble des bénéfices terminera dans l'escarcelle d'une poignée de géants des services...

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