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24/08/2010 | Aucune Thématique

Son père ne voulait pas qu'il soit chauffeur Accès libre

Il aurait pu être informaticien, il a préféré être chauffeur et dirige aujourd'hui une association qui oeuvre pour améliorer la sécurité et les conditions de travail des transporteurs dans le but de redorer l'image de la profession. Rencontre avec Alain Durant.

Flash Transport : Alain Durant, vous n'êtes pas issu du sérail du transport routier de marchandises et pourtant vous en êtes devenu un fervent défenseur, en Belgique, mais aussi dans 12 pays d'Europe. Comment-est ce arrivé ?

Alain Durant : Tout petit déjà, j'adorais les camions et je voulais en conduire, mais mon père, qui était ingénieur, ne l'entendait pas de cette oreille. Pour lui faire plaisir, j'ai fait des études d'informaticien, puis mon diplôme en poche, je suis devenu chauffeur. Métier que j'ai exercé durant dix-sept ans. Mon père m'en veut encore. Il est déçu que je ne porte pas le costume. Mais dans la vie, il est important de faire ce que l'on aime. Je suis têtu et cette obstination, je la mets au service de la défense d'une profession qui en a bien besoin. Parce que si beaucoup de conducteurs aiment leur métier, ils en ont assez d'être considérés comme des moins que rien, et d'être dénigrés par l'opinion publique qui ne se rend pas compte que sans ces professionnels les rayons de leur magasins seraient vides.

F.T. : Vous estimez que l'image de la profession ne pourra pas changer tant que l'on n'aura pas amélioré les conditions de travail des conducteurs.  Dites-nous en plus.

A.D. : Pour améliorer l'image des camions et du transport routier, il faut améliorer la sécurité routière. Ce qui passe par une amélioration des conditions de travail des chauffeurs routiers. Contrairement à ce que pensent les politiques, il ne suffit pas de nous interdire de doubler pour que côté accidentologie tout s'arrange. Le problème est plus complexe que cela. Tant que les chauffeurs n'auront pas d'endroits où faire leurs pauses sans avoir l'angoisse de se faire voler leur marchandise, ou sans être réveillés par les bruits environnants et qu'il ne pourront pas manger sainement à bon marché ou encore disposer de douches propres, ils continueront à rouler fatigués et stressés, avec les risques que cela engendre en matière de sécurité routière. On ne pourra pas améliorer la sécurité routière sans améliorer la vie des chauffeurs routiers.

F.T. : Un autre de vos combats est de responsabiliser toute la chaîne du transport.

A.D. : En effet, punir un chauffeur parce qu'il a dépassé ses temps de conduite, c'est normal, mais cela ne suffit pas. Il faut remonter la chaîne. Bien souvent, cela permet de constater que ces infractions le chauffeur les fait parce que son patron lui met la pression, la plupart du temps parce que ses clients lui imposent des exigences qui ne peuvent être compatibles avec la législation européenne.

F.T. : N'est ce pas un peu facile de mettre en cause le donneur d'ordres. N'est-ce pas au transporteur de refuser de faire ce qui ne peut se faire dans les règles ?

A.D. :
Il faut que chacun prenne ses responsabilités et surtout il faut être réaliste. Si un transporteur refuse d'effectuer un transport, il sait qu'un autre le fera à sa place et dans la conjoncture actuelle, perdre un contrat, c'est une catastrophe. Tant qu'il y aura des clients exigeants, il y aura des patrons qui donneront des consignes incompatibles avec les règles élémentaires de sécurité routière à leurs chauffeurs, la route restera dangereuse pour tous et l'image de la profession déplorable. Quand un accident arrive, il faut chercher à comprendre en amont pourquoi c'est arrivé, chercher toutes les responsabilités. Il faut se battre pour que les choses changent.

F.T. : C'est pour cela que vous avez fondé votre association en 2006 :  Interface pour le Transport et la Sécurité Routière en Europe. Combien d'adhérents comptez-vous ?

A.D. : Nous avons 13.000 personnes de 12 pays d'Europe, en majorité des routiers, inscrits à la newsletter de Truckinfo.eu.

F.T. : Votre combat, jusque-là bénévole, a été remarqué par la FGTE-Ubot qui vient de vous embaucher pour continuer votre activité.  Vous n'allez pas regretter votre camion ?

A.D. : Non, parce que je garde contact avec mes confrères et que cela me laisse davantage de temps pour défendre leur cause. Je travaille douze à quatorze heures par jour, sans que cela soit une contrainte. C'est une passion de défendre la profession du TRM. Mais c'est sûr que lorsque je passerai à côté d'un camion et que je l'entendrai tourner, j'aurai un pincement au coeur, mais je sais que je peux remonter dedans si je veux. En attendant, je garde mon objectif en tête : défendre la profession et améliorer la sécurité routière et donc la qualité de vie de mes collègues. J'ai derrière moi 13.000 conducteurs qui ont compris que la reconnaissance de leur profession ne viendra que s'ils peuvent conduire autrement leur camion.

Propos recueillis par Valérie Chrzavzez.

Pour en savoir plus sur l'association de M. Durant : http://www.europe-truckinfo.eu/ ou http://www.itsre.be/

 

Dernières réactions
  • "Un tout bon article qui me donne envie de continuer dans cette voie et qui prouve la réalité de notre boulot de tous les jours. Je suis de tout coeur avec toi et ensemble, notre combat portera ses fruits. A+"
    Par emile (26/08/2010)
  • "Merci à Valérie Chrzavzez de Flash Transport ainsi qu'à ses collègues pour cet excellent article de présentation. A noter que le syndicat est UBOT - FGTB et que Frank Moreels qui est le secrétaire fédéral de l'UBOT est quelqu'un qui ira jusqu'au bout du projet que nous avons en commun. C'est pour ça que j'ai accepté le travail. Après un mois passé à l'UBOT, on me laisse travailler. Le 2 septembre prochain, j'ai réunion avec le ministre qui s'occupe des parkings autoroutiers en Belgique."
    Par Alain Durant (25/08/2010)