Flash Transport : M. Deneuville, votre fédération a demandé nombre d'éclaircissements lors de la dernière réunion sur la mutuelle. Ce qui amène certains à se poser des questions sur votre bonne volonté, voire à vous accuser de vouloir saborder toute avancée sociale*. La mutuelle conventionnelle, vous en pensez quoi ?
Jean-Paul Deneuville : Tout d'abord, il faut remettre les choses dans leur contexte. Si la mutuelle avait été un point discuté lors des négociations de décembre, c'était comme une avancée sociale, qui aurait compensé des hausses de salaires modérée. Or, l'accord signé en décembre porte sur une hausse salariale de 3,6% en moyenne, à quoi l'on a encore ajouté une mutuelle. Les négociations de départ ont été dénaturées. Ce qui nous amène à nous interroger. Est-ce que des engagements ont été pris lors des négociations sur la mise en place de cette mutuelle ? Et si oui, quels sont-ils ? C'est ce que nous voulons savoir.
F.T. : Quels sont vos inquiétudes, concernant cette mutuelle, au-delà du coût supplémentaire que cela ne manquera pas de présenter pour les entreprises de transport ?
J.P.D. : Tout d'abord, nos adhérents se demandent si elle sera obligatoire. La réponse est oui. Ensuite, quel sera le prestataire ? Y aura-t-il une clause de désignation et un opérateur unique ? Si oui, les entreprises qui ont déjà une mutuelle devront-elles migrer vers cet opérateur, au risque que cela leur coûte plus cher, voire que la couverture soit moins intéressante pour leurs salariés ? Autant de questions qui méritent quand même d'être posées. Parmi nos adhérents, et ceux d’autres fédérations, le principe d'un prestataire unique suscite un phénomène de rejet complet !
F.T. : La FNTR a refusé la présidence de la commission économique, rebaptisée Performance. Alors ces Etats généraux, vous êtes dedans ou dehors ?
J.P.D. : Nous avions posé des questions en préalable à notre participation à ces Etats généraux. Nous n'avons pas reçu de réponse, donc nous avons refusé cette pantalonnade. Ce que nous voulions savoir, c'est à quoi serviraient ces Etats généraux ? Trois commissions ont été mises en place : performance, gestion des compétences et formation et modernisation de la convention collective. Il y a déjà eu de nombreux rapports sur ces sujets dont le dernier était celui de M. Liebermann. Pourquoi faire des Etats généraux du transport quand on sait que les problèmes de la profession viennent du coût du travail en France et de la fiscalité ? Comme l'Etat a dit qu'il ne mettrait pas d’argent, ces Etats généraux ne serviront à rien.
F.T. : Vous n'irez donc pas ?
J.P.D. : Si, bien sûr. Nous ne pratiquerons pas la politique de la chaise vide. Nous irons pour mettre en garde contre les dangers. Nous resterons attentifs à la dérive des coûts, et nous pousserons toujours le même dossier : celui de la compétitivité, qui peut être réglé à Paris, à condition que l’Etat joue le jeu. Mais comme il a été dit par M. Bussereau qu'il n’était pas question d'accorder des allègements, il y a peu de chance pour que cela puisse avancer.
F.T. : Les Etats généraux peuvent tout de même contribuer à avancer sur d'autres dossiers, comme la modernisation de la convention collective, réclamée par tous depuis des années.
J.P.D. : Oui, on peut avancer sur l’égalité homme-femme, l'emploi des seniors, mais aussi réfléchir à une autre structure de rémunération. Actuellement, le prix est fixé en fonction du tonnage et de la distance, on pourrait réfléchir à un nouveau système qui prenne en compte la pénibilité et la qualification. On pourrait également envisager de revoir la structure de rémunération en ne parlant plus taux horaire mais de salaire mensuel.
F.T. : Ces Etats généraux, vous les pensez inutiles ?
J.P.D. : Nous sommes très sceptiques quand à leur utilité, dès lors que l’Etat n'y prend pas part. Mais la FNTR se doit d'y participer pour faire entendre la voix des transporteurs routiers, qui aujourd'hui est plus forte pour la FNTR qu'en décembre dernier. Il y a une hémorragie de transporteurs déçus et inquiets qui nous rejoignent et qui ne supportent pas que TLF se soit engagée en leur nom sur des augmentations qu'ils vont avoir du mal à répercuter dans le contexte économique actuel. Les signataires de l'accord de décembre ne seront pas les payeurs. Nos adhérents nous demandent d'être fermes et de tenir. Nous le faisons et c'est apprécié. On n'arrivera pas à nous convaincre que des Etats généraux aujourd'hui, dont les conclusions seront rendues dans neuf mois, permettront d'avancer. Qui peut être sûr d'être encore là dans neuf mois, y compris au ministère ?
* Lire notre article Qui veut saboter les Etats généraux ?
- "Comment donner du crédit à la FNTR qui, lors de la négociation de décembre, affirmait que les salariés des entreprises qu'elle représente sont payés largement au-dessus de la CCNA alors qu'ils ont refusé de negocier les minima conventionnels ? Si cela était vrai, il ne seraient pas touchés par cette augmentation. "
Par EDDYLANG (10/02/2010)
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