16/02/2010 | Aucune Thématique

"Le poujadisme, c'est fini" Accès libre

Suite à la signature de l'accord social de décembre, TLF a subi de nombreuses attaques. Son président Philippe Grillot aussi. Nous l'avons interrogé sur les coups reçus, mais aussi sur ce qui compte davantage pour lui : la tenue des Etats généraux du transport.

Flash Transport : "Philippe Grillot grillé", lit-on dans un article du magazine  Mag2Lyon qui vous attaque de manière assez virulente. Cet article évoque le départ de l'entreprise "Maury" (pour Mory) de TLF, le licenciement de "M. Cornet" (pour Hervé Cornède), a quoi s'ajoutent quelques commentaires à charge d'adhérents de la FNTR et quelques remarques sur votre appartenance à la franc-maçonnerie. Pourquoi tant de haine ?

Philippe Grillot : C'est une affaire lyonnaise. Lyon mag est un journal créé par un transfuge du Progrès de Lyon qui en a fait un mensuel pamphlétaire. Ce journal a toujours perdu de l'argent et a déposé le bilan lorsque j'étais au tribunal de Commerce. Depuis, son dirigeant a créé un autre magazine, Mag2lyon, mais garde visiblement quelques rancoeurs à mon égard. Par ailleurs, le fait que l'on parle de moi pour un mandat à la chambre de Commerce de Lyon semble agacer certains.

F.T. : D'autres vous ont attaqué sur votre présidence de TLF et sur les désaccords internes qu'auraient provoqué la signature de l'accord salarial de décembre, qui, si on écoute certaines rumeurs, aurait suscité bien des départs, tant de permanents que d'adhérents.

P.G. : Ces rumeurs ont été alimentées par des départs survenus en interne. Le trésorier, Philippe Guesnel, après douze ans de bons et loyaux services, a demandé à être remplacé. Bruno Laubard lui succède. Et il y a eu l'affaire du délégué général breton, Hervé Le Jeune. Après m'avoir soutenu tout au long des négociations de décembre en m'envoyant des SMS me disant "cela ne va pas te plaire, mais il faut y aller", au terme de ses congés de fin d'année, on ne l'a jamais revu. Il a juste déposé une lettre de démission. C'est une erreur de casting, mais c'est la vie. On s'est trompé. Du côté des adhérents, il y a eu la démission de Mory, elle n'a rien à voir avec les négociations. Je le regrette parce que Mory est une belle entreprise et Alain Bréau un personnage emblématique. Quant aux autres départs... Chez nous, les cotisations représentent un budget de 3 millions d'euros, les départs vont engendrer, avant reconquête, 150 à 200.000 euros de pertes, soit 6,5%, ce qui est finalement peu quand on sait que les entreprises du secteur ont des difficultés et économisent sur tout, donc sur les cotisations aussi. Je ne demande pas, moi, combien la FNTR a perdu d'adhérents en raison des difficultés du secteur. Il n'y a pas d'hémorragie chez TLF. Mais peut-être que ces rumeurs sont alimentées par des gens qui, lorsqu'ils m'ont vu arriver à la présidence, pensaient que je rentrerai dans le moule, et qui constatent que ce n'est pas le cas. Mon programme était la restauration du dialogue social et la formation. Sur ces deux points, je suis droit dans mes bottes. L'adversité me rend plus fort. Dans quelques temps, on ne parlera plus de ces méthodes de caniveau.

F.T. : Vous ne regrettez donc pas d'avoir signé l'accord de décembre ?

P.G. : C'est un bon accord. On nous accuse de vouloir la peau des PME du transport, dans ce cas, pourquoi avoir le soutien de l'Otre ?

F.T. : Revenons aux Etats généraux ? Porteur d’espoirs pour les uns, inutiles pour les autres, êtes-vous confiant quant à leur utilité ?

P.G. : Il fallait des Etats généraux car dans ce secteur, on ne peut pas continuer à ne se parler que dans le cadre de conflits. C'est le seul secteur d'activité où l'on ne peut se réunir qu'en présence d'un tuteur de l'Etat. C'est curieux et il va falloir que cela change. Il faut apprendre à se parler et à s'entendre. C'est indispensable, car ceux qui disent qu'il n'y a pas de trouble dans leur entreprise se trompent. Je leur donne rendez-vous en avril ou mai. Cela chauffe. C'est difficile pour les employeurs comme pour les employés, on va vers des difficultés dans ce pays. Lors des négociations de décembre, certains voulaient aller au casse-pipe en se disant qu'ainsi l'Etat mettrait la main à la poche. Ce temps-là, c'est fini. Il faut sortir du poujadisme. Il n'est pas question de tendre la main pour rétrocéder ensuite une partie de ce qu'on a obtenu pour nos salariés. Il faut travailler à restaurer la confiance entre organisations patronales et syndicales, arrêter les mascarades de dialogue. Les Etats généraux sont une occasion de tout mettre à plat, de reconstruire, de donner un attrait au métier. Ceux qui hurlent sur la hausse de salaire aujourd'hui sont les mêmes qui, à la sortie de crise, augmenteront les salaires de leurs salariés pour garder ou débaucher des chauffeurs. On sait tous que dans quelques temps, on va à nouveau manquer de conducteurs. Il vaut mieux prévenir que guérir.

F.T. : Vous avez finalement pris la coprésidence du groupe performance refusée par la FNTR avec l'Otre, pourrez-vous vous entendre avec la FNTR ?

P.G. : Nous sommes d'accord sur le schéma de la FNTR. Comment ne pas l'être sur la nécessité de l'harmonisation européenne ? Nous nous plaignons tous depuis longtemps du coût du travail trop élevé en France. Sur la taxe carbone, cet impôt inique et franco français. Nous avons communiqué en commun avec la FNTR durant des mois à ce sujet, nous n'avons pas changé d'avis. Nous avons la même philosophie. Le problème est un problème d'agitateur. Il y a des gens qui parlent et d'autres qui agissent. On constate qu'à Paris, la FNTR cumule les préalables, qui devraient plutôt d'ailleurs être des préliminaires, mais qu'en région, même à la FNTR, les gens agissent.

F.T. : Comment savoir ce que vos adhérents et ce que les entreprises veulent ?

P.G. : Nous avons ouvert un blog sur lequel tout le monde, adhérents TLF ou pas, pourra laisser des avis, commentaires, suggestions. Nous voulons faire un brain storming général qui nous servira ensuite à reconstruire les fondations de cette profession en s'appuyant sur quatre piliers que sont les organisations patronales, les organisations syndicales, l'Etat mais aussi les chargeurs. Lesquels doivent  arrêter de nous prendre pour des imbéciles. Mais il faut aussi retravailler sur les relations entre donneurs d'ordres et sous-traitants. On veut arriver à des contrats acceptables par tous. Il faut se respecter pour trouver ensemble des solutions qui satisfassent tout le monde. Il faut aussi utiliser les outils qui existent déjà : la loi Gayssot sur les délais de paiement, celle sur les prix trop bas... A quoi serviraient de nouvelles règles si on n'utilise pas déjà celles qu'on a ?

F.T. : Ne craignez-vous pas qu'à vouloir débattre sur tout, on crée des frustrations, car évidemment, on ne pourra pas trouver des accords sur tout ?

P.G. : Bien sûr, on ne pourra pas tout donner, mais il faudra trouver des compromis de part et d'autres. Et pourquoi pas mettre en place un calendrier sur ce qui n'aura pas abouti ? Si on va à ces Etats généraux pour dire non à tout, autant ne pas y aller. Il ne faut pas que les patrons y aillent sur la défensive en demandant à l'Etat de payer d'abord, ni que les syndicats arrivent en disant : on va les faire payer. Mais qu'on se rassure, les premières réunions ne sont pas du tout parties dans cet état d'esprit, pas même parmi les représentants de la FNTR. Mais il faut veiller à ce qu'aucun des acteurs ne traîne les pieds. On ne laissera pas faire. Ni les organisations patronales, ni les syndicats, ni le gouvernement.

F.T. : Enfin, la mutuelle. On dit que vous vous seriez engagé sur un opérateur unique. Qu'en est-il ?

P.G. : Il n'y a pas eu d'accord préalable avec les syndicats. Nous nous sommes engagés pour mettre en place un socle minimum. Une mutuelle pour tous. Ce qui, de toute façon, nous sera imposé à terme, car l'Etat ne pourra plus seul, avec la sécurité sociale, couvrir les dépenses de santé. Alors, autant s'y préparer avant que cela ne devienne une contrainte. Fiscalement, c'est intéressant pour les entreprises. Mais il n'est pas question d'imposer Carcept- D&0 comme opérateur unique. Ce dernier devra jouer son rôle commercial, mais il est hors de question de demander aux entreprises qui ont déjà une mutuelle de l'abandonner. Le choix de la mutuelle doit rester celui de l'entreprise. La prochaine réunion sur ce sujet est prévue fin mars, et nous espérons pouvoir clore le dossier pour le moi de juin.

Propos recueillis par Valérie Chrzavzez

 

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