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01/09/2010 | Aucune Thématique

Handicapé, il passe son permis PL Accès libre

Guillaume Lacoste est passé sous un 38 tonnes en 1998 et a perdu la motricité de ses deux jambes. Déjouant la fatalité qui aurait dû le laisser cloué sur un fauteuil, cet ancien motard de 35 ans est le premier handicapé moteur à avoir obtenu son permis PL en France et haut la main.

Flash Transport : Avec cet accident qui vous a handicapé et aujourd'hui ce permis poids lourd, on peut penser que vous avez pris votre revanche sur l'adversité?

Guillaume Lacoste : C'est surtout une revanche sur le carcan administratif qui ralentit et complexifie ce type de démarches. Il y a toujours des personnes pour mettre des bâtons dans les roues dans les préfectures ou ailleurs. A l'inverse, on peut tomber sur des interlocuteurs qui font fi de l'inertie générale et accélèrent l'aboutissement de ce type d'entreprise. En particulier, MM. Allemani et Orion de la DDE (Direction départementale de l'équipement) de Gironde qui ont débloqué les choses en trois semaines en sollicitant directement le ministère des Transports. Mais depuis que j'ai entrepris cette démarche de passer le permis PL, je pense surtout au soutien indéfectible de mes proches, en particulier ma mère et ma copine.

F.T. : Comment s'est passé l'examen ?

G.L. : Très bien. Avec Sandy Maguin, le chef d'atelier et Pascal Candotto, le patron de l'entreprise ACA à Eysines (33), qui a conçu les équipements nécessaires au camion, commandes d'accélérateur et de frein au volant ainsi qu'un embrayage automatique, nous avions vraiment à coeur de le réussir haut la main. Avant de débuter l'apprentissage, je suis passé devant la médecine de la conduite qui m'a déclaré apte en août 2009. Puis est venue l'heure des autorisations administratives. Et il a fallu trouver une auto-école crédible pour passer le permis ainsi que les financements nécessaires. Je tiens d'ailleurs à remercier Franck Lelièvre, moniteur chez Estève Formation, une structure d'apprentissage d'Artigues-près-Bordeaux. A la fin du mois de mars, j'avais le code, en avril le plateau, ce qui a été un gros moment de stress. La conduite, pour laquelle je m'étais réservé une marge, n'étant jamais à l'abri d'une erreur. J'ai effectué les vérifs sans faute en seize minutes, donc on était assez contents.

F.T. : Quelle perception avez-vous des chauffeurs routiers et à votre avis, comment vous perçoivent-ils ?

G.L. : Ma démarche ne se situe pas dans une optique professionnelle, je suis un passionné de la mécanique avant tout. Mais je vois le métier évoluer, à travers la féminisation des cabines, et leur évolution technologique qui fait qu'aujourd'hui l'image d'Epinal du routier tend peu à peu à s'estomper. Les équipements actuels font qu'ils n'y a plus besoin d'avoir une force physique particulière pour être au volant d'un camion. Après, les réactions que je peux susciter chez eux sont l'étonnement et l'humilité. Comme c'est le cas également lorsque je pratique du surf. C'est l'occasion de rencontrer des personnes étonnées de me voir surfer alors qu'eux, valides, s'estiment incapables de le faire.

F.T. : Pensez-vous qu'à terme des transporteurs recruteront des chauffeurs ayant votre profil sous réserve d'adapter les commandes des camions ?

G.L. : En misant sur l'évolution technologique, c'est envisageable. D'ailleurs, je connais un chauffeur présentant un handicap moteur qui a obtenu son carton rose et qui roule avec un Magnum pour un transporteur qui n'a pas hésité à adapter le véhicule. On peut résumer les commandes de ces véhicules adaptés à un  "joystick" ou plutôt "la mobilité sur une seule main". Mais bon, le système est bancal car jusqu'à présent, seuls les détenteurs de permis PL avant leur handicap étaient autorisés à rouler à nouveau. Pour les cas comme le mien, l'obtention du permis reste un chemin de croix.

F.T. : Avec le camion que vous mettez au point, un 12 tonnes 170 chevaux, vous comptez mener un projet assez altruiste de cinéma écolo en Afrique de l'Ouest. Souhaiteriez-vous pérenniser ce type d'action à l'avenir ?

G.L. : Bien sûr et ailleurs même, j'ai deux continents à disposition, l'Asie et l'Afrique. Tant que j'ai du gasoil (il n'y a qu'en France que le gasoil est un problème), je ne me fixe pas de cadre précis ni de durée déterminée. Forcément, je cherche des partenaires, le projet que je compte mener a une double vocation. Sensibiliser d'abord la population des sites visités à la richesse naturelle dont elle dispose et qui sans leur action s'abîme et leur proposer un nettoyage de sites en journée ; et le soir, le visionnage de films sur la thématique de l'environnement qui seront projetés sur la caisse du camion. Ce voyage s'organiserait par le biais d'associations locales avec lesquelles j'ai des contacts et me conduirait de la France au Bénin en passant par le Burkina Faso.

Propos recueillis par Bastien David.

 

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