Les transports Cordier ont perdu 41.000 euros en deux jours en raison des intempéries, soit 5% de leur chiffre d’affaires, annonce leur dirigeant Raymond Cordier, très en colère contre l’improvisation et la pagaille qui ont régné au cours de ces deux jours. Il pousse un coup de gueule pour défendre « les camions qu’on diabolise »
Flash Transport : Raymond Cordier, vous cumulez les fonctions de chef d’entreprise et de président de la FNTR Bourgogne. Vous êtes très critique sur la façon dont a été géré la récente vague de froid sur les routes de France.
Raymond Cordier : « Nous avons eu 35 de nos camions, sur une flotte de 300, bloqués sur les routes durant deux jours. Pour notre entreprise, cela représente 41.000 euros de pertes, soit 5% de notre chiffre d’affaires. Autant dire que notre marge mensuelle a été mangée. »
F.T : Ce qui vous agace aussi c’est la façon dont on a traité les chauffeurs.
R.C : « Au nom du principe de précaution, j’ai un chauffeur qui a été arrêté dès le matin à Bourg-en-Bresse, alors qu’il ne tombait pas un flocon. Ce n’est que dans l’après midi qu’il s’est mis à neiger. Il a ensuite été coincé tout le week-end. J’ai des chauffeurs qui ont été traités comme des chiens. Quand on a des animaux, on leur apporte à boire et à manger. Nos chauffeurs n’ont eu droit à rien. Pour éviter une accumulation de camions là où la neige était attendue, on a parfois stocké les camions 230 km en amont, notamment à Lyon, sans se soucier de regarder les plaques d’immatriculation ou de savoir que certains véhicules faisaient du régional et n’iraient pas si loin. C’était n’importe quoi. »
F.T : On ne peut rien contre la neige pourtant.
R.C. : « En effet, les dernières grosses chutes de neige ont eut lieu en 1987. On ne peut rien contre les aléas climatiques, mais je reproche à ceux qui nous gouvernent de ne pas tirer les leçons du passé. On devrait à la sortie de l’été se réunir pour réfléchir aux moyens d’éviter ce genre d’improvisation. Faire au moins en sorte de garer les camions à des endroits où les chauffeurs pourront se restaurer, par exemple… Je pense à mes gars. Autre idée : en France, on fait de la formation, pourquoi ne pas prévoir de former à la conduite hivernale ?… » Lucide, il poursuit : « Quand les fleurs vont repousser on y pensera plus. Pourtant, gouverner, c’est prévoir non ? »
F.T. : Que pensez-vous de l’accord sur les hausses de salaire ?
R.C. « Ne m’en parlez pas. Récemment, je suis allé voir un client pour passer des hausses, il m’a répondu : « Vous vous plaignez tout le temps, mais vous venez de passer 4% de hausse sur les salaires et 3% sur les frais de déplacements. Nous, dans nos usines, on ne peut pas le faire, alors vos hausses… » Pourtant, le chef d’entreprise qui a monté son entreprise avec son épouse sans compter ses heures, n’est pas contre le fait de bien payer ses salariés. « Mais une entreprise n’est pas une vache à traire, elle ne peut pas donner ce qu’elle n’a pas. Je ne suis pas contre les hausses, mais pas en période de disette. Nous n’avons pas de travail, j’ai mis des camions en jachère et les conducteurs qui s’en vont ne sont pas remplacés. Si on s’en sort, c’est parce qu’on fait attention à tout et qu’on n’est pas endetté. Nos gars le savent bien d’ailleurs. Ils n’étaient pas revendicatifs. Ils auraient dû les laisser aller à la grève, il n’y aurait eu personne » assure t-il. Pour lui, il faudrait faire des négociations différentes pour les messagers et la grande distribution. « J’admire ceux qui font de la messagerie en ville, qui se tapent 40 arrêts, se voient refuser certains colis, parce que ce n’est pas le bon moment… Eux ne vont pas se faire augmenter. C’est scandaleux d’exploiter ces gens là. »
FT : Quel est votre sentiment sur la politique anti-camion ?
RC : « C’est scandaleux de toujours diaboliser les camions. J’ai le sentiment que l’on veut nous faire subir le même sort que la marine. Ce qui ne fera pas baisser le nombre de camions sur nos routes. La seule différence, c’est qu’ils ne seront pas français… Et pourtant, si tout le monde travaillait comme dans le transport routier, je vous assure que la France ne connaitraît pas de déficit. Qu’on nous laisse travailler ! »

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