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24/11/2009 | Aucune Thématique

Des entreprises se créent, d'autres meurent Accès libre

Il a commencé sa carrière dans la banque, est passé par la logistique et le transport routier avant de devenir formateur dans le transport routier. André Launay prendra sa retraite en 2010. Regard d'un "vieux routier" de la profession sur l'évolution du secteur.

 

Flash Transport : André Launay vous êtes actuellement formateur à l’AACFT. Fonction que vous occupez depuis 7 sept ans, que faisiez- vous précédemment ?

André Launay : Mille métiers. J’ai travaillé dans une banque, au greffe d’un tribunal, dans une assurance puis chez Avon cosmétiques, où j’ai commencé à aborder la logistique, la distribution et l’approvisionnement.  J’y ai occupé les fonctions d’agent d’exploitation, de comptable, de gestion du parc, puis je suis passé à la Compagnie d’affrètement et de transport, (CAT), qui était l’équivalent de Gefco pour Renault. Là j’ai été responsable de la comptabilité, puis contrôleur de gestion. Le transport je l’ai donc connu plutôt du côté administratif. Je n’ai pas mon permis poids lourds.  

F.T. : Pourquoi avoir quitté cette fonction pour la formation ?

A.L. : J’avais envie de faire autre chose. Et je suis d’abord devenu éleveur canin, avant que l’on me propose un poste de formateur. Cela m’a intéressé, car au cours de ma carrière j'avais été tuteur de stagiaires. J’assure des formations en transport routier de marchandises et de voyageurs, notamment en vue de préparer à l'attestation de capacité.

F.T. : vous qui avez vu évoluer le métier du TRM, quel regard portez vous sur son avenir ?   

A.L. : Cela fait 25 ans que j’entends dire que le secteur est mort, pourtant il n’y a jamais eu autant de camions sur les routes. Le ferroviaire est un leurre. Lorsque j’avais des responsabilités dans le transport, j’ai pu constater qu’organiser des transports par train en France était impossible. Le seul pays où j’ai réussi à le faire dans de bonnes conditions, c’est en Italie, par caisse mobile. Le système proposé était suffisamment souple. Tant que le mode ferroviaire n’aura pas su s’adapter, le transport routier aura de bonnes années devant lui. 

F.T. : Oui mais quid des entreprises françaises ?   

A.L. : L’ouverture de l’Europe à des pays qui ont un niveau de vie assez bas pose problème. Des transporteurs de ces pays viennent concurrencer les entreprises de la vielle Europe avec leurs prix bas. C’est un problème. Mais il faut se souvenir que cela a été la même chose, lors de l’entrée dans l’Union européenne de l’Espagne, de  l’Italie et surtout du Portugal . Et aujourd’hui ces pays ont un niveau de vie proche du notre. Ce sera pareil avec les nouveaux entrants. Le niveau de vie des polonais à déjà beaucoup augmenté. Pour les autres pays, il faudra peut être une décennie, mais les choses vont s’équilibrer.  

F.T. : Certaines entreprises ne peuvent pas attendre dix ans.   

A.L. : Bien sur, certaines entreprises ne pourront pas passer ce cap. Mais c’est la dure loi de l’économie de marché : il y a des entreprises qui naissent et d’autres qui meurent. Les choses changent, évoluent. On constate en ce moment qu’après avoir voulu manger toutes les petites entreprises, les grosses tendent à nouveau à encourager à nouveau la création de petites entreprises qui travailleront pour elles en sous traitance. C’est une façon de déléguer les problèmes de personnel… et de bénéficier de leur souplesse. 

F.T. : On dit que le secteur du transport routier n’attire plus les jeunes. Qu’en pensez-vous ?

A.L. : Il y a toujours eu, et il y aura toujours des gens qui aiment conduire. Et puis le transport routier reste un secteur où il est encore facile de trouver du travail. Maintenant c’est sur que l’on ne gagne plus aussi bien sa vie que par le passé. Mais ce n'est pas propre au transport. J’ai le sentiment que tous les salaires ont eu tendance à baisser en France, ces dernières années, dans tous les secteurs. C’est d’ailleurs pour cela que les entreprises licencient les séniors qui leur coutent cher pour prendre des jeunes moins bien payés. Que les chauffeurs routiers d’aujourd’hui soient moins bien payés peut aussi s’expliquer par les conditions de travail qui ne sont plus du tout les mêmes. Avant pour faire ce métier il fallait être costaud, accepter de ne pas rentrer souvent chez soi très souvent... Maintenant ce n’est plus le cas. Il faut moins de muscle, plus de cerveau. Les véhicules sont plus confortables, les chauffeurs ne découchent que rarement, le métier est bien moins pénible.  

F.T. : Conseilleriez-vous les carrières du transport ?   

A.L. : C’est une question difficile. Mais si on est prêt à y faire carrière, pourquoi pas, c’est un secteur qui embauche, même si cela s'est ralenti avec la crise, et qui offre encore des possibilités d’évolution. Pour trouver un travail, mieux vaut faire des études de transport qu’un DESS en sociologie... Si j'ai un conseil à donner aux jeunes, c'est de préférer les formations en alternance, parce que la transmission on ne pourra jamais la trouver dans un livre…