Les Transports Bacou ont été placé en redressement judiciaire. Son responsable, Roland Bacou, s’en explique et évoque des pistes pour s’en sortir. Ceci alors que les volumes ne remontent pas et que les pressions à la revalorisation des salaires se font plus fortes.
Il a souhaité annoncer la nouvelle seul, devant ses pairs, avant la presse. Ce jeudi matin, lors d’un conseil d’administration de l’Unostra, Roland Bacou, président de la branche Languedoc-Roussillon et transporteur à Coursan, va indiquer que sa société vient d’être placée en redressement judiciaire, le 10 novembre dernier. Pour le Flash Transport, il revient sur les difficultés auxquelles fait face son entreprise, et sur les pistes de sauvegarde qu’il prévoit.
Le Flash Transport : En juillet dernier, vous nous indiquiez que la rentrée de septembre risquait d’être fatale à de nombreuses entreprises (cf. On n’a plus de trésorerie), avec des caisses vidées par le manque de fret. Est-ce le cas de votre entreprise ?
Roland Bacou : En bonne partie. Notre activité a baissé de 30% depuis l’année dernière. J’estime que 15 à 18% de ces baisses sont dû à la baisse d’activité générale, et que les 12 à 15% restant proviennent de la perte de clients avec lesquels nous avons rompus toute discussion.
FT : Ces clients vous imposaient-ils des prix à la baisse ?
RB : Nous avons essayé de limiter le nombre de nos clients qui refusaient d’augmenter le prix de nos transports. Nous refusons de bâcler notre travail au détriment de la qualité de services, et préférons réduire notre parc.
FT : Allez-vous continuer en ce sens ?
RB : Notre plan de restructuration va probablement nous amener à nous séparer d’un ou deux chauffeurs et d'autant de véhicules.
FT : Quelles sont vos autres préoccupations immédiates ?
RB : En cas de redressement judiciaire, plusieurs soucis peuvent se produire. A commencer par nos clients. Heureusement, nous ne réalisons que très peu d’affrètement, qui représente moins d’1% de notre chiffre d’affaires, nous pouvons nous en passer facilement. Nous avons aussi la chance de travailler avec les mêmes fournisseurs, qui nous restent fidèles depuis 20 ou 30 ans. Il n’y a donc pas de problème de ces côtés-là. En général, l’une des grosses difficultés que rencontrent nos adhérents en cas de redressement judiciaire est liée aux cartes de paiements pour les carburants et aux péages. Nous travaillons en régional, ce qui nous permet de gérer les aspects d’approvisionnement de carburant en interne. De plus, nos camions essayent d’éviter l’autoroute dans la mesure du possible et nous payons au comptant. Je reste cependant confiant, il n’y a pas péril en la demeure.
FT : Pensez-vous que les volumes vont augmenter ?
RB : Non, ils ne remonteront pas. La seule manière de s’en tirer consiste à miser sur la qualité de notre service et à réduire le parc. En ce moment, les prix sont tirés vers le bas et l’on paye les pots cassés de ceux qui n’ont pas voulu réduire leur flotte. Depuis plus d’un an et demi, je plaide en ce sens. Mon parc a diminué de 30%. De toute manière, nous arrivons fatalement à une baisse du parc global, soit de manière volontaire, soit parce que des confrères laissent des parts de marchés ou mettent la clé sous la porte.
FT : L’intersyndicale promet des actions en décembre si rien ne bouge dans les négociations salariales. Quelle est votre position ?
RB : Si on impose des augmentations, cela ne passera pas. Le contexte est très tendu, avec de nouvelles taxes en prévisions, couplées au manque de volume et à la baisse des tarifs. Dans le cas de mon entreprise, j’ai veillé tout au long de nos difficultés, à préserver les heures de travail de mes chauffeurs. J’ai joué au maximum la carte du bon père de famille. Les postes qui ont été supprimés ne font suite qu’à des départs en retraite non remplacés. Je ne dis pas que les salariés ne méritent pas une augmentation, mais dans la mesure où l’on perd de l’argent, nous ne sommes pas en mesure, malheureusement de le faire. C’est aussi le cas d’une très grande majorité de mes confrères.

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