Le combat mené par les salariés de Serta pour s'opposer à une reprise partielle de leur entreprise jugée « scandaleuse » va peut être porter ses fruits. Jeudi prochain, le tribunal de commerce d'Evreux rendra sa conclusion suite à l'audience qui s'est tenue le 17 septembre dernier. Pour Jean Pierre Villemin, délégué central CFDT, « les gens qui nous suivent de près ont enfin vu qu'il y avait des choses pas très claires ». Nous l'avons joint sur le site de Rouen, à La Vaupalière, (siège de l'entreprise), où il tient toujours le piquet de grève avec ses collègues.
Petit rappel des faits
Le 27 août dernier, le tribunal de commerce d'Evreux avait décidé d'une reprise partielle de l'entreprise Serta par des anciens patrons dont les salariés ne voulaient plus entendre parler. Cette reprise partielle, pour 23 000 euros par Service Rapide des Flandres (SRF), s'accompagnait de « 94 licenciements sur 149. » Pour la majorité des salariés, il s'agissait d'une opération « scandaleuse » destinée à revendre « les bijoux de famille ». A savoir un parc de véhicules en bon état. Les salariés avaient alors alerté l'opinion publique, avec des menaces de pollution de la Seine ou d'explosion de leurs camions
Flash transport : "M. Villemin, Où en êtes-vous en ce moment ?"
P. V. : "Je suis toujours sur le site. Aujourd'hui (mardi), nous en sommes à notre trente-septième jours de grève. Soit plus de sept semaines et demi d'occupation. Cela commence à faire lourd pour tous les salariés, même si la nourriture est bonne. Pour l'anecdote, nous avons tous pris entre deux et trois kilos."
FT : Vous souhaitiez que Serta échappe au repreneur SRF, désigné par le tribunal de commerce. Votre action a-t-elle aboutie ?
P.V. : "Pour l'instant, SRF est toujours notre repreneur, car le jugement du tribunal n'est pas suspensif. Toutefois, l'administrateur a déposé une requête en résolution du plan. Concrètement, cela signifie qu'il considère que le repreneur désigné initialement par le tribunal n'a pas la possibilité d'appliquer son plan de reprise, compte tenu notamment du blocage du site et du fait qu'une grande majorité de salariés refusent de travailler pour lui. Il en déduit qu'il ne pouvait pas mettre en activité ce plan."
FT : Vous avez senti que le tribunal de commerce pouvait pencher en votre faveur ?
P.V. : "En août, le procureur de la République partait du principe qu'il fallait sauver l'entreprise. La semaine dernière, il a évolué dans sa position. « Puisqu'il ne veulent pas y aller, on ne peut les influencer » a-t-il décrété. Il est possible que tout le travail effectué par le Préfet, avec lequel nous avons eu beaucoup de contacts, n'ait pas été fait en vain. Désormais, soit le tribunal accepte notre plan de liquidation de l'entreprise, soit il entérine le plan de reprise tel qu'il était prévu initialement. Or les différents échos que nous avons nous indiquent que cela n'en prend pas le chemin. La boîte serait donc liquidée."
FT : D'autres repreneurs pourraient-ils revenir dans la partie ?
"Nous avons régulièrement quelques touches, des contacts avec des gens qui nous approchent pour nous demander des chiffres. Mais le problème, c'est que Serta est désormais une coquille vide, à part son parc de véhicules, nous n'avons plus un seul client. S'il y avait encore un fonds de commerce, certains d'entre nous auraient souhaité monter une Scop."
FT : Où en êtes-vous de vos revendications ?
"Lors de notre réunion en comité central d'entreprise, nous avions posé en préalable au PSE que trois de nos revendications soient acceptées. Elles sont en passe de l'être. La première revendication, le paiement des jours de grève, est désormais acquise. La seconde, le fait qu'on respecte le choix des salariés de ne pas vouloir travailler pour le repreneur SRF, sera fonction de la résolution du tribunal. Enfin, la dernière, qui consiste à revaloriser les indemnités supra-légales, est en bonne voie. Nous partions de zéro, nous devrions atteindre un montant honorable."
FT : En cas de liquidation, votre travail de délégué central s'arrêtera-t-il ?
"Non, nous n'en avons pas encore terminé. Nous avons également constitué un dossier pénal. Il porte sur le délit de banqueroute et des actions frauduleuses. Il partira en temps utile."
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