Vous êtes ici : L'information du transport et de la logistique au quotidien > interview > "Nous ne voulons pas tuer les transporteurs nationaux"
09/01/2012 | Aucune Thématique

"Nous ne voulons pas tuer les transporteurs nationaux" Accès libre

Pour savoir quel sera l'avenir des transporteurs, nous avons demandé aux chargeurs comment ils voyaient 2012. Christian Rose, délégué général adjoint de l'AUTF, a répondu à nos questions sans faire preuve de beaucoup d'optimisme.

Christian Rose, délégué général de l'AUTF

Flash Transport : Christian Rose, vous êtes délégué général adjoint de l'Association des utilisateurs de transport de fret. Pouvez-vous nous dire comment s'est passée la fin d'année 2011 pour vos adhérents et comment ils envisagent l'avenir ?

Christian Rose, délégué général adjoint de l'AUTF : L'ambiance n'est pas à l'optimisme. Dès juin, nous avons senti quelques ralentissements ou tassements qui se sont confirmés, voire amplifiés en fin d'année. Pas mal de secteurs se posent des questions sur leurs perspectives de développement. Dans la plupart des secteurs, il y a, au mieux, une stabilité, au pire une baisse de l'activité. L'automobile, qui tire pas mal de secteurs, fait face à des incertitudes qui inquiètent par effet domino d'autres domaines qui sont dépendants de cette activité, comme la chimie ou la verrerie qui fait des pare-brise. Beaucoup d'entreprises ont mis leurs moyens de production en stand-by. Si dans l'automobile on manque de visibilité, dans le bâtiment on est sûr en revanche de ne rien avoir à faire dans les prochains mois, en raison du gel des grands investissements. Tout le monde espère beaucoup du lancement de Seine Nord. Le second œuvre a davantage de visibilité, au moins sur les neuf prochains mois, mais au-delà c'est le point d'interrogation. Seul l'agroalimentaire tire son épingle du jeu, parce qu'il faut bien continuer à manger. Mais on note des changements liés à la crise. Ainsi les Français se remettent à la cuisine et consomment différemment.

F.T. : Dans ce cadre-là, comment se passent les relations avec les transporteurs ?

C.R. : Les chargeurs n'ont pas d'inquiétude quant aux moyens, comme cela a pu être le cas par le passé, on est plutôt en surcapacité. Beaucoup de chargeurs vont procéder à des appels d'offres, y compris ceux qui n'en avaient pas l'habitude. C'est devenu une obligation pour des raisons financières. Il ne s'agit pas forcément de revoir les prix à la baisse, mais de rationaliser les plans de transport, d'optimiser et de gagner sur ce poste. Les cartes vont se redistribuer. Mais les chargeurs gardent en tête les années où ils ne trouvaient plus de transporteurs et seront vigilants à ne pas trop tirer sur la corde afin de s'éviter un retour de bâton lorsque la reprise sera là. Nous notons toutefois que la situation est pire qu'en 2008, parce qu'à ce moment-là on pensait que les choses allaient repartir. Là, on a tendance à penser que la crise va s'inscrire dans la durée.

F.T. : Vos adhérents sont-ils tentés par le recours aux routiers de l'Est, et notamment aux nouveaux venus, Roumains et Bulgares, qui peuvent désormais venir caboter chez nous ?

C.R. : Absolument pas. Le low-cost est perçu comme un moyen d'optimisation pour les entreprises qui font déjà appel à des prestataires étrangers, de manière à optimiser leurs transports et éviter de perdre des ressources. Mais recourir aux transporteurs de l'Est de manière régulière n'est pas dans l'intention de nos adhérents. Nous ne voulons pas tomber dans ce piège, car nous risquerions d'en payer le prix demain.

F.T. : Que voulez-vous dire ?

C.R. : Nos adhérents ont vécu une expérience négative avec les Polonais avec qui ils avaient pu travailler dans le passé et qui les ont laissés tomber lorsque la reprise s'est fait sentir il y a quelques années. Dès qu'ils ont eu du travail chez eux, les Polonais étaient retourné travailler dans leur pays, laissant les industriels français dépourvus... Nous ne voulons pas tuer les transporteurs nationaux, nous en avons besoin. Le cabotage n'est donc définitivement pas un levier de développement recherché par nos adhérents. S'ils y ont recours, c'est juste de l'appoint.

Propos recueillis par Valérie Chrzavzez.