Vous êtes ici : L'information du transport et de la logistique au quotidien > interview > Recruter des chauffeurs reste un problème récurrent
18/11/2011 | Aucune Thématique

Recruter des chauffeurs reste un problème récurrent Accès libre

Les entreprises de transport ont de plus en plus de mal à recruter des conducteurs, selon la dernière enquête publiée par Randstad. Flash Transport a voulu aller plus loin et déceler les dernières tensions sur le marché du recrutement. Interview de Caroline Savry, responsable du Centre expert conduite sur route de Randstad.

Flash Transport : Cette étude, réalisée en début d'année, aurait-elle donné les mêmes résultats si les transporteurs avaient été interrogés aujourd'hui, alors que la crise est là ?

Caroline Savry, responsable du Centre expert conduite sur route de Randstad : Nous avions réalisé une étude similaire en 2006 et les réponses étaient très proches. En fait, quelle que soit la situation économique, les difficultés de recrutement restent un problème récurrent. L'été notamment, on observe une pénurie de chauffeurs, à chaque fois plus importante que la saison précédente. Les projets de recrutement ont ainsi augmenté de 11% par rapport à l'été précédent, selon l'étude des besoins de main d'œuvre réalisée par Pôle emploi. 45% des transporteurs trouvent que les recrutements de chauffeurs sont difficiles cette année contre 38% en 2010.

F.T. : Comment expliquez-vous cette situation ?

C.S. : La situation s'est tendue depuis 2009. Certains chauffeurs, qui avaient perdu leur emploi pendant la crise, ont changé de métier. Parallèlement, un nombre plus restreint de nouveaux conducteurs ont été formés.

F.T. : La demande est-elle toujours aussi forte depuis cet été ?

C.S. : Si juin, juillet et août ont été très forts, on constate par contre que la demande est beaucoup plus plate pour le mois d'octobre. Traditionnellement, la demande baisse ce mois-ci mais cette année le phénomène est plus marqué. Les transporteurs nous indiquent qu'ils ont beaucoup moins de visibilité par rapport à leurs carnets de commande. Celle-ci ne dépasse pas quinze jours.

F.T. : Dans votre enquête, les conducteurs routiers ont plébiscité le fait de conduire. C'est même la première raison qu'ils invoquent pour expliquer ce qui les a conduits à exercer de métier.

C.S. : C'est agréable d'entendre cela. Le critère d'attachement peut être très important. Le fait que ce critère soit placé en bonne position permet d'ouvrir ce métier.

F.T. : A qui pensez-vous ?

C.S. : Je pense aux femmes qui ne représentent que 7% des effectifs. Nous avons d'ailleurs pris une femme pour illustrer le métier de conducteur routier dans notre dernière campagne de publicité qui passe actuellement à la télévision. Le métier peut également s'ouvrir à des personnes qui travaillent en logistique.

F.T. : On constate également que 14% des conducteurs mettent en avant le fait d'être leur propre patron.

C.S. : Malgré les contrôles, la géolocalisation et la réglementation, on constate qu'ils gardent le sentiment d'être libres dans leurs véhicules. On constate également que les conducteurs routiers sont fiers à 75% de leur métier. Nous souhaitons nous appuyer sur ce pourcentage élevé pour communiquer de manière positive, afin de lutter contre l'image dégradante qui affecte parfois cette profession.

F.T. : Randstad va également mettre les bouchées doubles sur la formation.

C.S. : Nous avions formé 100 chauffeurs l'an passé, nous allons doubler cet effectif. Ceux de l'an passé ont tous travaillé, nous avons de très bon retours, et nous voulons nous assurer qu'il en sera de même avec ceux de 2012. Pour cela, nous nous assurons de leur placement auprès des entreprises grâce au travail de nos 50 consultants transports. En fait, les futurs recruteurs ont déjà rencontré leurs futurs conducteurs, ils seront plus impliqués et leur embauche sera facilitée. Il faut s'assurer que les candidats correspondent aux attentes des entreprises, notamment que la date de sortie de leur formation coïncide avec leurs besoins, ceci afin d'éviter les temps morts. De plus, cela permet de mieux accueillir ces nouveaux chauffeurs. Notre étude révèle en effet que les nouveaux conducteurs déplorent de ne pas être accompagnés au moment d'intégrer leur société. C'est le cas de deux chauffeurs sur trois actuellement.

F.T. : Quels candidats visez-vous ?

C.S. : Il peut s'agir de personnes qui travaillent déjà dans le secteur de la logistique, comme des préparateurs de commandes ou des manutentionnaires. Ils vont pouvoir évoluer, peut-être d'abord en tant que conducteurs de VL puis de PL voire super-lourd. Nous aimons bien leur proposer des évolutions de carrière. Ainsi, ces mêmes personnes pourront poursuivre leur évolution en devenant, pourquoi pas, des exploitants transport.

Propos recueillis par Grégoire Hamon.

A lire également :

Chauffeur routier : on reparle de pénurie