Jean-Charles Cipriotti, P.-D.G. de Mantrans
Flash Transport : Monsieur Cipriotti, acceptez-vous de parler de reprise ?
Jean-Charles Cipriotti, dirigeant de Mantrans : A vrai dire, cela dépend de ce que l'on entend par le terme reprise. Certes, il y a une petite reprise d'activité. Pour autant, je ne crois pas que la crise soit derrière nous et qu'il y ait un véritable redémarrage de l'économie. Globalement, les besoins en intérim des PME progressent de 15% au premier semestre 2011 par rapport à celui de 2010. Mais cela ne nous permet pas de revenir au niveau de 2008 puisque nous avions perdu pas loin de 40% de notre volume d'affaires.
F.T. : Quelles tendances observez-vous chez vos clients en termes de besoins en intérim ?
J.-C.C. : Nous faisons travailler un millier de personnes pour le compte d'une clientèle diversifiée entre les prestataires qui sont nos premiers clients et les chargeurs. J'observe une grande disparité de leurs besoins en intérim. Certains secteurs comme le luxe et le e-commerce tirent totalement l'activité. Etrangement, plus on monte dans le haut de gamme, plus ça fonctionne. Et d'un autre côté, le bradé marche bien également. L'activité est là pour les entreprises les plus dynamiques qui ont les meilleurs produits, les plus offensifs commercialement. Ce qui est sûr, c'est que c'est extrêmement fluctuant d'un secteur à l'autre.
F.T. : Lorsqu'on associe la tension sur certains métiers à la reprise de l'activité, de votre côté, vous préférez nuancer ?
J.-C.C. : Je dis qu'il est trop facile d'assimiler la moindre tension à une reprise ! Ce lien est trop direct. Aujourd'hui, si nous sommes à nouveau en tension sur le métier de conducteur ; cela est dû à plusieurs raisons. Alors que la profession formait progressivement et massivement, tout s'est arrêté pendant deux ans. Résultat, il n'y a quasiment pas eu de nouveaux conducteurs formés. D'autre part, mes statistiques montrent qu'un certain nombre de candidats se sont réorientés professionnellement. Beaucoup de conducteurs ont quitté un métier qu'ils ne jugeaient plus porteur. Et puis, un certain nombre de collaborateurs ont accepté des CDD, des CDI par besoin de stabilité. Dans ce contexte, même si il y a une reprise de l'activité avec un peu plus de camions qui tournent et plus de besoins de personnels, cela crée forcément une tension. Mais est-ce que la tension, c'est parce que tout le monde va bien, que les baromètres économiques sont au plus haut et qu'on fait +3% à l'échelle nationale ? Non ce n'est vraiment pas le cas.
F.T. : Qu'est-ce qui a changé depuis la crise ?
J.-C.C. : Aujourd'hui, on est complètement revenu à une intérim fluctuante. J'ai beau avoir des outils de pilotage, des plannings prévisionnels, des objectifs, ceux-ci sont soumis aux aléas. On peut dire qu'après avoir passé le plus fort de la crise, il n'y a plus aucune visibilité à moyen terme. Nos plannings sont fluctuants comme ils ne l'ont jamais été. Nos clients n'ont pas de visibilité et nous le disent clairement. Ils connaissent leur plan de charge d'une semaine à l'autre mais pas plus. Du coup, cela devient très compliqué de planifier. On navigue quasi à vue.
F.T. : Comment vous adaptez-vous ?
J.-C.C. : Ma force et mon outil principal, c'est la taille de mon entreprise. Comparé à mes confrères plus importants, ma PME me permet d'être hyper réactif aux événements. C'est le discours que je tiens à mes collaborateurs. Aujourd'hui, pour survivre, il faut être des athlètes de haut niveau car nous sommes en compétition permanente.
Propos recueillis par Arnaud Ilié.
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